Lili Erzinger

© Lili Erzinger, Autoportrait, 1934. Dépôt EBEL, Musée des beaux-arts, Le Locle.
 

De la collection

16.02.19−26.05.19

L’année dernière, une donation de plusieurs oeuvres et de précieux documents d’archives de l’artiste suisse Lili Erzinger (1908 –1964) est venue enrichir un important fonds dont le MBAL est dépositaire depuis 2010. Cette actualité coïncide avec le premier cycle d’expositions de l’année 2019, consacré aux femmes créatrices, permettant ainsi de valoriser la production d’une artiste peu exposée de son vivant, dont la qualité lui octroie pourtant une place indéniable dans l’histoire de l’art suisse.

Consciente de son talent et de la valeur de son travail plastique, Lili Erzinger se présente comme l’une des pionnières de l’art abstrait en Suisse romande. En 1924, elle quitte Zurich pour le canton de Neuchâtel et vit avec sa mère et sa soeur aux Geneveys-sur-Coffrane. C’est alors qu’elle débute sa formation artistique à l’École d’art de La Chaux-de-Fonds. L’artiste rejoint ensuite Paris en 1929 pour compléter sa formation jusqu’en 1936. L’un des jalons marquants de la carrière artistique de Lili Erzinger est sans conteste sa rencontre avec l’artiste Fernand Léger qui fut son professeur à l’Académie de la Grande Chaumière. À son contact, Lili Erzinger développe son sens de l’analyse des formes et son attrait pour l’abstraction. Sur le plan formel, son intérêt pour les éléments biomorphiques et l’inspiration qu’elle tire de la nature rappelle les langages plastiques de Kandinsky ainsi que de Jean Arp. Elle s’inspire du premier et rencontre le second avec son épouse, Sophie Taeuber-Arp, à la fin des années 1930. Leurs affinités et respect mutuel seront par ailleurs confirmés lorsque Lili Erzinger achèvera des oeuvres de Sophie Taeuber-Arp, suite à son décès en 1943, à la demande de son mari.

Comme ses rencontres, les nombreux voyages entrepris par Lili Erzinger contribuent à son élan créatif. À Riga, où elle séjourne en 1935, elle s’emploie à réduire le paysage urbain à l’essentiel de ses lignes. L’arrière-plan s’efface pour ne devenir qu’un aplat coloré, comme dans Éclairage public à Riga (1935). Deux ans plus tard, elle assiste à une cérémonie religieuse à Einsiedeln (Schwytz) qui lui inspire la série du même nom et le motif de la flamme dont elle trace la silhouette à l’aide de lignes sinueuses. Parallèlement, l’artiste peint de nombreux portraits, ici celui de sa mère et le sien, de
profil. Loin d’être des écarts incongrus, ces tableaux sont empreints de ses recherches abstraites. Formes épurées, contours rigoureux, aplats monochromes – notamment dans les chevelures – les motifs utilisés se retrouvent dans ses oeuvres non-figuratives.

Jusqu’à la fin de sa vie, le rythme jouera un rôle majeur pour Lili Erzinger. Passionnée de musique, elle utilise le motif de la ligne, qui tantôt délimite tantôt brise l’espace géométrique. L’artiste trouve l’équilibre plastique àl’issue d’une longue intériorisation dont témoignent de nombreux croquis produits lors de ses recherches, l’achèvement d’une toile pouvant lui prendre plusieurs années. Avec une rigueur remarquable et une technique saisissante, Lili Erzinger s’inspire de la nature et de « l’impression vécue » pour offrir à voir un sujet ramené à sa plus pure essence.